Devenir architecte

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Mariam Kamara : l'architecture comme un "art solution"

Quand on fait référence à l’architecture au Niger, il y a un nom qui vient automatiquement sur toutes les lèvres. C’est celui de la jeune architecte nigérienne Mariam Kamara. En effet l’architecte exploite sa sensibilité de femme pour sublimer le paysage local du Niger et réinventer l’avenir de l’architecture en Afrique. Avec son équipe de l’atelier masōmī, elle mène des recherches expérimentales afin d’exploiter l’architecture comme un outil essentiel dans la résolution de nos problèmes d’ordres sociaux, économiques et environnementaux. A travers son action et ses interventions, elle met en avant son grand intérêt pour l’identité, l’innovation et la technologie. Grace à cela, elle a développée plusieurs projets au Niger et à l’étranger et a reçu plusieurs prix d’architecture.

1-Particularités de Mariam Kamara

- Sa sensibilité au contexte local

 

Si le projet d’architecture était une recette de cuisine, quel serait à votre avis, l’un des ingrédients nécessaires sinon indispensable pour la réussite du plat ? Tous les plus grands noms de l’architecture africaine sont unanimes à ce sujet et c’est d’ailleurs ce qui les a hissés aussi haut. Il s’agit du contexte. En effet le contexte peut être vu comme l’environnement ou l’ensemble des facteurs tels que le climat, la nature du sol, l’hydrologie, les bâtiments environnants, la culture, l’économie et bien d’autres dans lequel un projet se situe. Certains sites sont d’une telle force que l’architecture doit les mettre à jour et les accompagner, d’autres n’ont pas grand intérêt et c’est à l’architecture de les mettre en valeur. Dans certains cas, l’architecture se fond dans le paysage jusqu’à s’y confondre, dans d’autres cas elle s’impose pour le transformer de façon radicale.

Malheureusement, ce fer de lance dont dépendent la beauté et la clarté d’un projet, fait pourtant l’objet d’un manque de considération et même de déni par un grand nombre d’architectes. La racine de ce problème pourrait se trouver dans nos écoles d’architecture. Par contre, grâce à son imagination enrichie par une sensibilité adaptée aux conditions du lieu et du temps, l’architecte nigérienne Mariam Kamara nous démontre à travers ses projets au Niger, qu’il est possible, nécessaire et même rentable de prendre en compte le contexte dans tout projet. Elle poursuit en expliquant que :  

« Economiquement, le modèle de reproduction de l’architecture occidentale n’est pas raisonnable étant donné que nous n’avons pas le même accès aux capitaux nécessaires pour la construction. Il faut trouver des alternatives ». Nous devons surtout vite les trouver, car un invité surprise se joint à la fête. Il s’agit du changement climatique !!!

 

- Sa définition de l’architecte

Aujourd’hui plus que jamais, le pouvoir des mots ou de la parole est indéniable voir même incontestable. Alors pouvez-vous imaginer, le pouvoir ou la force que pourra vous donnez, votre définition de l’architecture et même plus, de l’architecte !!! A condition de vraiment y croire. Pourtant, il n’est guère aisé de définir avec précision ce qu’est l’architecture, ni de lui donner une définition unique et définitive. Celle du dictionnaire, la plus rependu « l’art de construire des édifices selon des règles bien définies », restreint de manière injuste la portée et la philosophie de l’architecture. Par conséquent c’est à nous étudiants et professionnels de véhiculer dans notre entourage, des définitions plus appropriées. Ces définitions lanceront les premières hostilités dans la guerre pour sortir l’architecture de l’anonymat auprès des populations de classes moyennes et plus.

La manière de définir, variant parfois d’un individu à un autre, Mariam Kamara choisit de le faire à travers ses convictions. Pour elle, les architectes ont un rôle important à jouer, pour offrir une meilleure qualité de vie à des millions de personnes. Elle poursuit, cette fois ci pour rappeler à quel point l’architecture demande un énorme dépassement de soi-même : « être architecte c’est mener une vie schizophrénique, privée de sommeil. Et d’une certaine manière, c’est une expérience profondément belle. ». 

Mettre ainsi la main sur sa ou ses définitions de l’architecture, c’est faire le premier pas sur la voie qui mène à l’affirmation de ses convictions, ou encore à qui on est. Alors, quels sont les vôtres ?

 

- Son intérêt pour la problématique de la modernité africaine

« Plus un problème est complexe, plus il a besoin de simplicité. » Alejandro Aravena. Ces quelques mots de l’architecte chilien prix pritzker 2016, devrait nous faire comprendre qu’en fait, le problème de modernité que rencontre l’Afrique et qui semble si insurmontable pour la majorité des architectes et autres, demande plus de simplicité et d’union, qu’autre chose. Étant donné que l’évolution de l’architecture africaine a été court-circuitée par la colonisation, l’enjeu est d’en reprendre le fil tout en l’encrant dans les réalités actuelles () et en profitant des avancées du XXI ème siècle (). « Chaque ville dans le monde porte les traces de son histoire, et la période coloniale en fait partie. Mais il ne faut pas répéter ces modèles qui ont négligé l’approche culturelle. Il faut adapter cette architecture au XXIsiècle. » David Adjaye. Par où commencer ? direz-vous.

Selon l’architecte nigérienne, cela passe par la compréhension du savoir-faire traditionnel, mais aussi par le respect envers les matériaux. Il s’agit non pas de revenir deux ans cent ans en arrière, mais de regarder en face nos réalités économiques, notre identité, afin de définir nos propres règles architecturales. En effet commencer par-là, permettra de réfléchir sur comment les faire évoluer, comment les utiliser dans différents types et techniques d’architecture, plus adaptés à notre vie contemporaine. Si l’on ne le fait pas, l’Afrique court le risque de ne pas se moderniser mais plutôt d’être une victime du modernisme occidentale et suscitera toujours ce sentiment d’infériorité vis à vis des autres continents.

L’architecture africaine est très peu répertoriée, trop peu enseignée et rarement médiatisée. Mais pour Mariam, l’architecture est également une émanation culturelle et un moyen d’expression identitaire. Il est primordial de penser une architecture avec un aspect plus familier et créer une relation plus intime avec le matériau.

2-Vision et Démarche, Processus de travail :

Nous sommes d’accord pour dire que, les femmes deviennent de plus en plus incontournables dans les métiers de la ville, y compris en architecture. Pourtant, il n’en reste pas moins rare d’en trouver une à la tête d’une agence d’architecture. C’est pourquoi en ouvrant l’atelier masomi en 2014 dans son pays natale le Niger, Mariam Kamara rejoignit le club très fermé des femmes leaders.

 

Elle a dû faire face à de nombreux stéréotypes que rencontrent les femmes dans ce milieu :

-problème d’autorité sur le chantier,

-manque de confiance de la part des clients,

-sous-estimation des capacités,

Toutefois cela ne l’a pas dissuadé de voir grand et de se donner à fond, dans un contexte où les femmes architectes limitent souvent leurs ambitions, leur envie de changer les choses à cause de leur nature. David Schwartz a déclaré :« c’est la grandeur de nos pensées qui détermine la grandeur de nos réalisations ». S’il faut en tirer quelques choses, c’est qu’il ne faut surtout pas refreiner votre pensée, votre vision et même vos possibilités en architecture sous prétexte que vous êtes une femme. Ayez de grands objectifs !

Ainsi l’objectif de notre architecte est d’exploiter les éléments du lieu afin de créer un environnement harmonieux, au service des habitudes culturelles. C’est la raison pour laquelle elle accorde une importance primordiale à la participation des utilisateurs dans la conception d’un projet. « Il faut comprendre comment vivent les gens, comment ils utilisent leurs espaces pour répondre parfaitement à leurs attentes et être plus créatif » dit-elle.

À travers les travaux de son atelier masōmī, Mariam prône une approche holistique et propose des édifices à la fois fonctionnels et ouverts, qui cimentent les communautés et donnent un sentiment d’immersion dans la vie sociale de la communauté environnante. Notre problème en Afrique peut se résumer d’une part, à l’incompréhension que les populations ont de certaines notions primordiales aujourd’hui. Un exemple en est la durabilité. Toujours en voyant grand, Mariam Kamara travaille à changer ce paradigme, en montrant aux populations que la durabilité, ce n'est pas une loi, mais une grâce, ce n'est pas quelque chose de difficile et contraignant comme on peut souvent laisser penser. C'est non seulement plus intéressant, et plus sécurisant mais, c'est surtout plus rentable (sur les plans économique, social et environnemental).

Par ses réalisations innovantes, Mariam a aussi à cœur de changer la représentation de l’Afrique en tant que continent sous-développé. Il y a de la magie dans le fait de voir grand. Essayez-le et vous verrez !

3-Critiques :

 

Au Niger comme souvent en Afrique de l’Ouest, la création est souvent freinée par la persistance d’une sorte de complexe d’infériorité lié à tout ce qui vient de l’étranger. En effet on a la fâcheuse habitude de croire que ce qui vient de l’Occident est nécessairement mieux et plus représentatif de la modernité. Ce virus gangrène les sociétés africaines, infectant toutes les strates sociales. C’est ce même virus qui pousse chaque jour, les jeunes africains à la traversée de l’Atlantique et de la méditerranée au péril de leur vie. Tout ceci à la recherche d’un eldorado vendu par de la bonne publicité. Ainsi, un moyen pour lutter contre ce virus serait, de se rappeler que nous avons la meilleure histoire à raconter : celle de la construction de l’Afrique.

En effet l’occident et les autres ont atteint ce niveau, car ils ont pris le temps de faire évoluer leurs créations (matériaux, concepts, mobiliers, idées, etc.). Voilà pourquoi nous devons prendre le temps de faire évoluer nos matériaux, nos concepts, et le plus important nos idées du modernisme, etc. En observant de plus près, on peut constater que, bruler les étapes en copiant des produits finis étrangers, nous ralenti plus qu’autres choses. Par conséquent, l’engagement des acteurs de la ville, pour recadrer tout ceci apparait comme une réponse. Ainsi des initiatives comme celles de Mariam Kamara doivent être perpétuer sur tout le continent. Elle l’a dit elle-même, sa plus grande joie serait de voir qu’on a copié ses projets en Afrique, ceci prouvera qu’il est possible de retourner aux sources.

Envoyons un message au monde comme quoi l'an zéro de l'Afrique moderne débute aujourd'hui et traçons nous-même notre chemin, notre modernité, multiplions les initiatives nouvelles et audacieuses.

4-Projets marquants :

- Niamey 2000 housing

©atelier_masomi©atelier_masomi©atelier_masomi
©atelier_masomi

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Hikma : religious and secular complex Dandaji au Niger

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Regional Market à Dandaji au Niger

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©atelier_masomi

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5-Quelques citations :

« L’architecture est profondément identitaire, quel que soit l’endroit où on se trouve, c’est une manière de se représenter en fait. C’est un signe, un message que l’on envoie aux autres sur qui on est. ».

« La forme est rattachée dans l’esprit des uns et des autres à certains matériaux, ce qui détermine, de fait, le design d’une architecture, et ça c’est dommage. L’objectif est de casser ces dogmes et automatismes autour du matériau parce qu’ils constituent des freins à leur utilisation. ».

« Nous pourrions imaginer notre propre futur, inventer notre propre modernité…. Ce serait nous accorder un minimum de respect. »

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ZONGO 24/11/2019 23:53

Xlt... Wahoo.. Japprecie bien l'espit du concept de cet architecte nigerienne...merci et encore courage a vs.. .

Devenir architecte 15/12/2019 13:55

Merci beaucoup ! Content de savoir que vous appréciez.